N’égrène pas le désespoir
Les humains ont besoin de frères
Plus que de pierres et de fusils

Que tu sois Cabu, Wolinski
Que tu aies perdu tes amis
N’égrène pas le désespoir

Que tu sois gosse rigolard
Te foutant de tous les pouvoirs
N’égrène pas le désespoir

Que tu combattes avec crayons
Avec tes plumes, tes chansons
N’égrène pas le désespoir

Que tu écrives ou dessines
Et meures pour être entendu
N’égrène pas le désespoir

Que tu te réveilles en pleurant
Que tu sois juif ou musulman
N’égrène pas le désespoir

Que tu sois dans un cauchemar
Où on tue rire et intelligence
N’égrène pas le désespoir

Que tu aies froid, peur et douleur
Héros de guerre ou tout petit
N’égrène pas le désespoir

Que tu aies une religion
Ou que tu crois juste en Charlie
N’égrène pas le désespoir

Que tu haïsses l’extrémisme
L’obscurantisme et la bêtise
N’égrène pas le désespoir

Que ta voix sève vivante
Mette en joue tout amalgame
N’égrène pas le désespoir

Que liberté battue à mort
Naisse et renaisse dans tes mains
N’égrène pas le désespoir

De celui qui vit à genoux
Toi qui tient à rester debout
Et marcher avec les humains

Jacqueline Persini-Panorias

 

Publié dans une anthologie poétique:

Charlibre, éditions Corps Puce.